Remplacez Bernard Mendy par Thiago Silva et Luis Fernandez par Leonardo... Retour sur une affaire qui avait fait couler beaucoup d'encre, un soir de mars 2002.
2 mars 2002. Le PSG, largué en championnat, n'a qu'un seul espoir : sauver sa saison en remportant une coupe nationale. En 1/2 finale de la Coupe de la Ligue, le PSG affronte le Girondins de Bordeaux dans une ambiance houleuse : Luis Fernandez est montré du doigt pour son comportement, et le Bordelais Christophe Dugarry a fait monter la tension en déclarant avant la rencontre son amour pour le PSG...
Le malaise est palpable au Parc des Princes, plus de 37.000 spectateurs sont présents pour encourager le PSG. Paris domine outrageusement la première période, mais se montre inefficace. A l'heure de jeu, Ronaldinho fait son apparition sur la pelouse avant une fin de rencontre totalement folle. C'est tout d'abord Frédéric Déhu, l'ennemi intime de Dugarry, qui commet l'irréparable en taclant dangereusement le Bordelais. Penalty transformé pour Bordeaux par un certain... Pauleta (83eme). Deux minutes plus tard, Bernard Mendy est expulsé après un dialogue avec le sulfureux arbitre, Monsieur Veissière. La fin du match est totalement incontrôlable, Luis Fernandez est expulsé pour avoir bousculé le quatrième arbitre, puis l'entraîneur adjoint Jean-Louis Gasset est à son tour exclu. Paris à dix a l'occasion d'égaliser sur une frappe d'El Karkouri repoussé par le montant et après sept minutes d'arrêt de jeu, le PSG est éliminé dans la plus grande confusion.
L'après-match ne calme pas les esprits, comme le précise Luis Fernandez face aux médias : "Concernant mon expulsion, je n'ai pas touché le quatrième arbitre, Monsieur Stéphane Moulin. Ce que je peux vous dire, c'est qu'il y a peut-être des joueurs parisiens qui vont déposer des plaintes contre l'arbitre Monsieur Veissière. Il y a des limites aux propos que peut tenir un arbitre, je peux vous dire que mes joueurs étaient très chauds après le match, il sont quinze à avoir entendu les mêmes propos. Les arbitres ne sont pas venus en réunion d'avant-match, oui c'est comme ça maintenant, il n'y a plus d'arbitres en réunion ! Il faut maintenant attendre ce que vont faire les hauts responsables du football français, ça sent mauvais toutes ces affaires !"
Les joueurs parisiens se confient alors. Mikel Arteta précise que l'arbitre lui aurait dit : "si tu veux gagner, change de maillot !". Bernard Mendy conteste aussi son expulsion, qu'il considère injustifiée. On se souvient alors des propos qu'aurait tenu l'arbitre niçois en 1995, lors d'un match opposant le PSG à Nantes. Colleter avait malencontreusement taclé Valdo, qui n'avait pas vu le fautif; Après avoir demandé de siffler une faute à l'arbitre, celui-ci aurait répondu : "Tu n'as qu'à demander à l'autre con qui porte le numéro 3". Des propos très graves et véridiques, reportés alors par le journal L'Équipe.
Fernandez, expulsé pour la troisième fois de la saison, risque gros. Après le match, l'entraîneur parisien a demandé à rencontrer le délégué, Monsieur Blanchard, sans succès. A 0H45, alors qu'il va quitter le Parc des Princes, Fernandez croise les arbitres dans le parking sous le Parc. Une seule voie permet de sortir de l'enceinte, Selon le rapport des arbitres, Luis démarre alors et bloque le véhicule des arbitres pendant dix minutes, demandant à rencontrer le délégué ! Scène incroyable dans les coursives du Parc et forme d'intimidation pour le corps arbitral.
Deux jours plus tard, avant un match du PSG à Bastia, Luis Fernandez convoque la presse et décide officiellement de ne plus s'asseoir sur le banc tant qu'il sera à la tête du PSG. Une décision très forte, alors qu'il reste plus d'un an de contrat à l'entraîneur du PSG. Il cherche aussi à devancer la sanction de la Commission de discipline de la Ligue, qui souhaite faire un exemple après la folle soirée du Parc.
Le 7 mars, l'entraîneur parisien est présent face à ses juges. Il reconnait alors avoir légèrement bousculé le quatrième arbitre, s'en excuse, mais rien n'y fait : Luis Fernandez est suspendu pour six mois ferme de banc de touche et de vestiaire d'arbitre. Surprise et incompréhension de l'entraîneur parisien, qui déclare alors dans la presse : "Cette histoire de parking, mais qui a eu l'idée d'un tel feuilleton ? C'est complétement fou, oui je suis dans le parking, et je m'apprête à partir avec ma voiture. A ce moment là, j'aperçois le délégué du match, qui est en compagnie du secrétaire administratif du PSG. J'ouvre ma portière, je descends pour les recruter et consulter le rapport de l'arbitre. Un peu plus, il y a effectivement les arbitres dans une voiture mais ils n'ont pas encore démarré. Tout cela ne dure pas deux minutes et je ne m'adresse pas à Monsieur Veissière avant de partir. Quand j'apprends lors de la commission de discipline que j'aurai volontairement bloqué les arbitres, je tombe des nues..."
Dix ans après cette affaire, tous les anciens joueurs du PSG présents ce soir là au Parc des Princes ont confirmé le comportement très tendancieux de l'arbitre, comme le confiait Bernard Mendy dans le livre publié en 2010 pour les 40 ans du club :
"Il
y avait déjà une animosité entre Christophe Dugarry et Fred Dehu, ces deux-là
ils ne s’aimaient pas et on l’a tout de suite vérifié sur le terrain. Pendant le
match, j’ai entendu des propos de l’arbitre à l’encontre de El Kakouri que j’ai
trouvé très limite. Je suis donc allé voir Monsieur Vessière pour lui dire que
ce n’était pas bien de parler comme ça à un joueur, il me met un jaune ! Pour
le deuxième jaune, je crois lui avoir glissé après un nouveau coup de sifflet
: « Continuez comme ça » ! Au moment de mon expulsion, Jean
Louis Gasset s’énerve, il sent bien que l’arbitre est contre nous puis Luis
s’emporte par la suite (il sera exclu de banc touche pendant 6 mois). Quand je
me suis retrouvé dans les vestiaires, je me rappelle que des tables ont volé.
Mais franchement ce match-là, on s’est fait avoir dans les grandes largeurs !
Avec un autre arbitre, on aurait sûrement pu l’emporter..."
Le 15 mars 2002, le quotidien "Le Parisien" titrera "Comment luis Fernandez a été injustement suspendu" et reviendra sur cette affaire avec des nouveaux témoignages, employant le terme de cabale contre Luis Fernandez (la totalité de l'article ci dessous) :
Luis Fernandez, condamné jeudi 7 mars à
près de six mois de suspension de banc de touche et de vestiaire d'arbitres par
la commission de discipline de la Ligue nationale, a, selon nos informations,
été victime d'une cabale montée contre lui. Il a ainsi été condamné avant même
d'avoir été jugé. On a voulu sanctionner l'entraîneur du PSG pour l'ensemble de
son oeuvre. Le dossier à charge s'est appuyé sur trois séries d'événements.
1. Ce qui s'est passé sur le terrain.
Lors de la demi-finale de la Coupe de la Ligue PSG - Bordeaux (0-1), Fernandez
a bien eu une attitude répréhensible sur le banc. Il a d'ailleurs été expulsé.
Il méritait une sanction pour ces seuls incidents.
2. La sortie des arbitres.
La télévision a ensuite montré des images spectaculaires de l'évacuation des
arbitres, d'une porte vitrée brisée et de CRS casqués. Ces incidents étaient
jugés hier par la Ligue qui a fait preuve d'une grande clémence .
3. L'épisode du parking. Deux heures et demie après le match, les quatre
arbitres s'apprêtent à quitter le Parc des Princes. Ils ont pris le temps de
rédiger leur rapport, tout comme M. Blanchard, le délégué. Les cinq hommes se
rendent au parking. Dans leur sillage, Gérard Albert (60 ans), chargé de la
coordination sportive du PSG. "Mon assistant, Yanis Baptista, vient alors de
récupérer la copie du rapport du délégué", explique Albert. "Les arbitres
sont en train de mettre leur sac dans leurs coffres et discutent entre eux. A
ce moment-là, Luis Fernandez, qui est au volant de sa voiture, est prêt à
sortir, lui aussi. Il m'aperçoit. Il s'arrête, ouvre sa portière et vient me
demander de lire la copie du rapport. M. Blanchard nous rejoint. Mais, à aucun
moment, Luis ne va s'adresser aux arbitres ou même les regarder. Au bout de
deux minutes, c'est moi qui dis à Luis que sa voiture gêne". Il n'est pas
surprenant que Fernandez sorte si tard du stade. Il se sent chez lui au Parc,
comme il aime à le répéter, et a pris le temps de revoir la cassette du match.
Cette version des faits est totalement corroborée par Roger Alves (68 ans),
commissaire du club en charge justement des arbitres. Elle est également
confirmée par Claude Dechamp, responsable de la sécurité du PSG depuis quatre
mois et colonel de gendarmerie bientôt à la retraite : "Je n'ai pas quitté
Luis d'une semelle et il n'a rien fait. Dans le parking, il n'y avait personne
d'autre que les gens déjà cités et deux hommes à moi, en survêtement, qui sont
chargés de la sécurité du PSG. Eux non plus n'ont rien dit". Dans son rapport,
Vessière, lui, évoque un incident de 6 à 7 minutes et des gens en survêtement
du club qui vont proférer des insultes et effectuer des gestes sans équivoque.
Le rapport du délégué est muet sur ces incidents. Selon lui, la voiture de
Fernandez n'aurait bloqué la sortie que quelques minutes. On est donc bien loin
de l'histoire que Jacques Riolacci, le président de la commission de discipline
de la Ligue nationale, avait théâtralement révélé le jeudi 7 mars. D'autant que
ladite commission n'a entendu aucune de ces personnes avant de juger Fernandez. "Il faut dégonfler ce ballon", lance aujourd'hui Dechamp. La polémique ne
fait que commencer. Car, si Fernandez a été lourdement condamné, c'est parce
qu'il a été accusé d'avoir bloqué intentionnellement les arbitres avec sa
voiture. Tout a été en fait décidé au terme d'une enquête inexistante, sur la
seule foi du rapport de l'arbitre. Aujourd'hui, se sentant piégé dans cette
affaire, le PSG crie au complot. Luis Fernandez a jusqu'à lundi pour faire appel.
Autre possibilité : saisir le conseil de prud'hommes. "C'est à Luis de décider", assure Me Moyersoen, avocate du PSG
Considérant que son honneur perdu était retrouvé après ces révélations, Luis Fernandez décida de ne pas donner suite à cette affaire, mettant un terme à cette incroyable affaire du parking du Parc...



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